Lorsqu’on parle des personnes indispensables à la réussite d’un réseau social, le premier mot qui vient naturellement à l’esprit est “community manager”. En effet, il est très vite apparu qu’il était essentiel de disposer d’une (ou plusieurs) personnes capables de rassembler les collaborateurs autours d’une thématique précise, d’animer les échanges, servir de facilitateur et, au final, faire en sorte que l’activité des communautés serve à la fois leurs membres et l’entreprise.
En 2010, l’observation des pratiques de l’internet grand public a permis d’identifier un nouveau rôle, celui de “curator”. Un terme anglais dont la traduction littérale serait “conservateur” (comme dans un musée…), mais en l’absence de consensus sur le sujet nous conserverons l’anglicisme pour l’instant.
Qu’est ce que le curator ? Pour le comprendre, commençons par nous référer au contexte.
Dans un monde ou les sources d’informations de qualité diverses pullulent, il est difficile pour la plupart d’entre nous de tout suivre, de séparer le bon grain de l’ivraie…voire d’identifier les sources les plus pertinentes. Il peut s’agir d’un manque de “compétence informationnelle”, d’un manque de temps, d’intérêt, d’envie…alors même que bénéficier d’un flux d’information et de veille sur un sujet précis est capital dans le monde d’aujourd’hui. Face à cette situation, l’attitude de nombreux internautes est d’identifier et suivre ceux qui se livrent à un travail de veille en profondeur sur un sujet, filtrent l’information et partagent ce qu’ils ont trouvé de plus pertinent. Ce sont ces derniers que l’on nomme “curators”.
Un “curator” pourrait donc être qualifié comme une personne qui lit et filtre un grand nombre d’information de par son expertise d’un domaine précis et propose une sélection “triée, filtrée et de qualité” à sa propre audience. Le curator n’apporte pas par définition de valeur ajoutée à l’information : il en brasse une grande quantité et opère une sorte de sélection dont tout le monde bénéficie. Il peut, par ailleurs, être contributeur et produire des analyses à valeur ajoutée mais c’est déjà une dimension supplémentaire qui va au delà du rôle de “curator”.
A titre d’exemple il suffit de regarder ce qui se passe sur internet où, pour beaucoup, le travail se veille se fait en suivant deux ou trois personnes spécialisées sur un sujet et connues pour la fiabilité de leur travail. Que ce soit sur des blogs, sur twitter ou sur des outils de bookmarking comme Diigo ou Delicious, il importe d’identifier des personnes non pas pour leurs qualités personnelles intrinsèques mais pour la qualité du flux d’information qu’elles proposent.
Revenons maintenant au monde de l’entreprise. S’il est un contexte où paradoxalement, le besoin d’information est plus que vital et les raisons pour ne pas effectuer ce travail de veille sont légion, c’est bien celui là. Il y a donc de fortes chances qu’alors que le web vient de se rendre compte du rôle capital des curators dans la transmission et la valorisation des flux d’information (et par conséquent dans la mise en relation interpersonnelle…) il y a de fortes chances que le monde de l’entreprise en comprenne rapidement le caractère stratégique et ne construise plus ses stratégies sur les seuls community managers mais également sur les curators.
Quelle serait alors le rôle du curator d’entreprise ?
• Injecter dans le circuit interne de l’entreprise des informations glanées à l’extérieur
• Servir de passeur d’information en interne, entre ceux qui la produisent et ceux qui en ont besoin mais n’ont pas le temps, la volonté où le savoir faire pour la chercher.
• Servir de passer entre les salariés et l’entreprise : tous les “UGC” (User Generated Contents) n’ont pas vocation à remonter la ligne hiérarchique et managériale. Par contre le curator peut identifier des signaux faibles, de très bonnes idées qui mériteraient davantage d’attention etc… et alimenter ainsi ceux qui peuvent prendre des décisions.
Et d’ailleurs, quel serait le statut de ce ou ces curators dans l’entreprise ? Le curator que l’on rencontre sur internet l’est souvent malgré lui : c’est son mode et sa logique de fonctionnement et les autres en bénéficient indirectement. Peut il en être de même dans l’entreprise où ce genre d’activité est souvent vue comme du temps perdu ?
• Il y a surement des “curators” en herbe dans toutes les entreprises. Il importe simplement de ne pas “diaboliser” leur activité, mais au contraire de la valoriser.
• On peut penser à des curators “‘institutionnels” : experts dans un domaines ils deviennent les plaques tournantes de la distribution d’information sur ce sujet. Comme le community management c’est un travail en tant que tel. On peut imaginer des curators “à temps complet” ou “à temps partiel” à coté d’un autre rôle dans l’entreprise mais, en tout cas, il doit s’agir d’une responsabilité identifiée sur du temps alloué.
La question derrière tout cela revient en fait à la valorisation de ces activités : accélération des flux, des activités, des prises de décision, temps économisé par les autres…. qui feront qu’un tel rôle aura ou non du sens et, de fait, sera facilité et outillé comme il se doit.
Tags: communautés, community management, conservateur, curator, flux d'information, information, réseaux sociaux, veille



[...] dans la main avec le Community manager. A lire Le curator, nouveau pilier de votre réseau social chez Empower People et Manifesto For The Content Curator: The Next Big Social Media Job Of The Future ? chez Rohit [...]
Vous avez tout à fait raison sur votre définition de la mission fondamentale de la curation du web (faciliter l’accès et la fluidité à l’information pertinente) et sur son importance en entreprise (l’info est le nerf de la guerre + gain de productivité).
Cependant, là où je ne serai pas d’accord avec vous, c’est quand vous dites que le curateur fait juste le tri et le partage. La valeur ajoutée du curateur peut-être encore supérieure: même s’il ne crée pas lui-même l’information, il y contribue en, éventuellement et selon le besoin, lui donnant une perspective, un contexte, une priorité ou encore un résumé. Tout ça peut avoir de la valeur, y compris en entreprise, au delà du simple tri.
Si on reprend le parallèle avec le curator = commissaire d’exposition, ce dernier ne fait pas que trier ou partager tes oeuvres, il les mets en scène, leur donne un contexte, les présente (catalogue d’exposition, guide de visite etc.) et donc les enrichit en quelque sorte. Nous pensons que ce sera la même chose pour le curateur du web.
(Disclosure, je travaille pour Goojet, la société derrière Scoop.it)
Bonjour Cedric,
Ce que nous voulions dire est que, en tout cas pour ce qu’on en voit aujourd’hui, le curator ne touche pas au contenu lui même. Par contre comme tu le fais justement remarquer, il peut enrichir au niveau méta (contexte etc….).
La distinction que nous voulions faire ici est celle entre le pur producteur de contenu (par exemple le blogueur) et le curator suite à une discussion qui a eu lieu il y a quelques temps sur Twitter.
Le curator trie, passe, enrichit au niveau méta mais n’est pas par définition un producteur de contenu ou de pensée. Ce qui ne l’empêche pas de pouvoir l’être parfois mais c’est davantage explicable par le fait qu’il veuille occuper les deux rôles que par un élargissement du rôle du curator lui même.
En tout cas ton commentaire apporte un point important qui gagnera à être approfondi : la différence entre la création d’information pure (le contenu) et la création de meta information, le curator se positionnant sur cette seconde en plus du rôle que nous nous évoquions plus haut.
Encore merci pour cette intéressante contribution.
Bonjour,
Pour ma part je trouve l’article intéressant, par la mise en lumière de l’évolution nécessaire des pratiques, du filtrage des connaissances/informations qui circulent de plus en plus vite et en masse sur le Web et même cross-médias.
Le curator à mon sens ne fait pas ou ne devrait pas être cantonné dans le rôle de celui qui lit et compile pour redistribuer l’info aux personnes intéressées mais aussi lui laisser une possibilité de valeur ajoutée en apportant sa propre expérience dans les pratiques cross-médias pour permettre de valoriser les infos trouvées en les faisant suivre aux personnes susceptibles d’y percevoir une valeur pour leur entreprise ou leur intérêt (marque, poste, développement de secteur, veille concurrentielle,…) et au passage donner la possibilité à ces personnes qui sont réceptionnaires des infos ciblées et triées d’en récupérer la “traduction” en termes d’actions à mener pour en sortir une valeur ajoutée exploitable pour l’entrepreneur.
Exemple : j’avais proposé à un moment comme prestation de mutualiser des abonnements ou médias en ligne, installer des alertes et signaler les sources intéressantes en proposant d’intervenir pour commenter à la place et en nom du client, ou de lui faire un résumé de ce qui se dit sur un fil de news qui émerge, comme ici le rôle du curator.
Pour mettre en place cette proposition, il fallait, comme j’en ai les compétences, connaitre les ficelles de positionnement des alertes, souhaiter mutualiser les coûts, avoir des connaissances étendues dans des domaines très variés, voire pointus, et en plus être capable d’y apporter une valeur ajoutée par le traitement de l’information (soit par une intervention commentée, soit par une acfion parallèle en réponse s’il s’agit d’un concurrent (article sur le blog d’entreprise, lancement d’une offre pour ne pas laisser de part de marché…), ou apporter le conseil de stratégie cross-média qu’il convient en réponse aux infos glanées.
Au final je n’ai eu personne qui s’est positionné comme intéressé, je pense par méconnaissance de tout ce que cela peut recouvrer et de l’intérêt tant financier, en réactivité, en présence sur le web, en temps gagné, en positionnement de l’entreprise qui reçoit l’info collectée et traitée (résumée, suivie d’un conseil, suivie d’une action stratégique).
Si on retire la dimension de valorisation et d’action suite à la connaissance et collecte d’information, à mon sens, on est plus proche du bon documentaliste féru des outils web.
Le curator est pour moi quelqu’un qui me ressemble et qui prend sa dimension dans la mise en pratique de l’intelligence économique intrinsèque à la bonne connaissance de toute la chaîne de la création via le web.
Ainsi pour ma part je crée des sites/blogs (pour la plupart des projets très différents et accouche les clients de leur projet de mise en vitrine en pensant déjà à la création à l’optimisation et au rédactionnel propre au référencement qui suivra), ensuite je référence manuellement. Puis je conseille les entrepreneurs sur leur communication et la stratégie à adopter sur l’ensemble des médias web (forums, communautés de réseaux, profils, interventions ou commentaires. Je les forme sur les alertes à positionner, l’exploitation des statistiques pour évaluer l’impact sur leur ROI. Puis je leur explique comment utiliser ces alertes pour agir et maintenir leur positionnement en utilisant les informations recueillies pour servir leur communication ou la prolonger. Je n’oublie pas au passage d’attirer leur attention sur leur réputation à surveiller aussi.
Ceci m’amène à m’occuper des clients de A à Z, pour aboutir à bâtir et maîtriser au mieux leur graphe social, gagner en visibilité et positionnement et éviter qu’ils ne tombent dans l’info obésité.
Mais bon, un curator peut simplement s’en tenir à la collecte des infos, leur recoupement et à leur reformulation pour permettre à d’autres de gagner du temps ou de comprendre ce qu’ils n’auraient pas compris en lisant les infos collectées (texte de loi ou autre par exemple).
Il peut apporter un plus s’il le traite pour d’autres qui sont ciblés, et apporter une réelle valeur ajoutée s’il connaît suffisamment de domaines et d’outils pour les transformer en actions d’intelligence économique). Car, c’est bien beau de se tenir au courant et de savoir tout sur tout. Mais c’est bien plus valorisant de le faire partager, à qui en a l’utilité, et de lui apporter un retour en traitement de cette info pour qu’elle soit exploitable par l’entreprise par des actions en réponse à la connaissance de ces données.
Pour terminer, je suis tout à fait d’accord qu’il est intéressant de mettre en lumière, au travers de cet article, la différence entre ceux qui sont en charge de la création de contenu textuel et de ceux qui sont en charge de leur collecte et exploitation, voire de leur reformulation pour une utilisation économique car c’est bien là le but ultime lorsqu’il s’agit d’un public d’entrepreneurs.
Merci d’avoir permis cet échange intéressant
[...] bibliographiques ou encore artistiques). En résumé on peut tout d’abord le considérer comme un conservateur (au sens de muséographique encore une [...]
[...] la mode est la curation. Au curator. Je ne vais pas vous donner de définition précise du terme, elle changera peut-être bientôt, [...]
[...] bibliographiques ou encore artistiques). En résumé on peut tout d’abord le considérer comme un conservateur (au sens de muséographique encore une [...]
[...] d’information. À lire pour aller plus loin : L’ère des “curators” aurait-elle sonné? Le curator, nouveau pilier de votre réseau social ? To be or not to be a curator? Curator, le futur buzzword de 2011… ou [...]
[...] on gagne du temps (plus besoin de chercher) et on a des sources sûres (plus besoin de vérifier). En entreprise, il peut apporter une réelle valeur ajoutée dans la transmission et la valorisation des flux [...]
[...] http://www.empowerpeople.fr/2010/12/31/le-curator-nouveau-pilier-de-votre-reseau-social/ Un “curator” pourrait donc être qualifié comme une personne qui lit et filtre un grand nombre d’information de par son expertise d’un domaine précis et propose une sélection “triée, filtrée et de qualité” à sa propre audience. Le curator n’apporte pas par définition de valeur ajoutée à l’information : il en brasse une grande quantité et opère une sorte de sélection dont tout le monde bénéficie. Il peut, par ailleurs, être contributeur et produire des analyses à valeur ajoutée mais c’est déjà une dimension supplémentaire qui va au delà du rôle de “curator”. [...]
[...] Les “curators”. On a beaucoup parlé du community manager ces dernières années, et, comme le suggère cet article, il se pourrait bien que ce nouveau rôle émergeant puisse également être essentiel en servant [...]